ADIF Aisne

J’ATTENDS (poème d’un résistant écrit la veille de son exécution)

 

 
J’ATTENDS
 
(12 au 13 mars 1943 en attendant l’aube)
 
J’attends…
J’attends l’aube au visage pâle
J’attends l’aube aux yeux gris
Je ne veux pas compter les heures
A l’horloge aveugle du temps
Le temps lui-même s’abolit
Qu’il meure dans un dernier râle
Adieu temps du mépris !
Je ne veux pas écouter mon cœur
Adieu passé. Ils m’ont tout pris
Là-bas je vois qu’une femme pleure
Adieu, mes tout-petits…
Adieu ma vie, mon beau printemps
Adieu le temps du bonheur
Combien peut-il me rester d’heures ?
Le temps est mort. Tuons le temps.
J’attends…
J’attends que se lève le jour
Le jour que je ne verrai pas.
Adieu mon rêve et mes amours,
Adieu le ciel et la prairie,
Je n’attends plus qu’un bruit de pas,
Adieu mes fils qui me sourient
Un bruit de clef la porte s’ouvrira
S’ouvrira grande sur l’avenir
A l’aube d’un jeune printemps.
Qui donc me parle de mourir ?
J’attends demain ; j’attends mon heure
Sèche tes pleurs, ma mie
Demain vivra ! Vive la vie !
On ne tue jamais que le temps.
J’attends.
J’attends l’heure de partir
Et de marcher vers un grand mur
Mon amour, je saurai te sourire
Je t’ai souri à la torture
Je vous sourirai mes petits…
Je vous emporte dans mon cœur
Adieu ma femme et mes amis
J’emporte le temps du bonheur
Je porte en moi tout l’avenir
Pourquoi pleures-tu ma mie ?
J’attends l’aube pâle en vainqueur
Tuez bourreaux ! Tuez déments !
J’attends votre glas et mon heure
Vous ne tuerez pas le printemps…
J’attends…
 
Ce poème a été écrit dans la nuit du 12 mars par un résistant anonyme, qui a été fusillé à l’aube du 13 mars 1943 (« Le Déporté », n°327, mai 1977.)

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 118579

Site réalisé avec SPIP 1.9.2d + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSTémoignages RSSLa Résistance   ?

Creative Commons License