René BERNOVILLE

mercredi 31 janvier 2018
par  Mireille Legrand

 

Hommage à René Bernoville, jeune déporté de 18 ans,

par Robert Dufour, le 2 Décembre 1951


En qualité de membre du Comité de notre Association Départementale, avec mes camarades rescapés de tous les camps d’extermination, mes camarades-les Internés-, toutes les familles de nos disparus de ce Canton de Wassigny et avec les délégations des Cantons limitrophes, je viens avec une profonde émotion, apporter notre salut fraternel et rendre un suprême hommage à ces cendres des fours crématoires de DACHAU, qui représentent, ici, les restes de notre jeune et bon camarade, que fût le Résistant et Martyr : René BERNOVILLE

René BERNOVILLE, jeune patriote de 18 ans, était de ceux qui n’ont pas douté du redressement de notre France.

Son patriotisme était héréditaire : en effet, au cours de la première guerre mondiale, 1914-1918, alors que notre région est foulée par la botte germanique, ses parents abritent et ravitaillent des soldats français et anglais qui étaient cernés dans la forêt.

Et pendant cette dernière guerre, 1939-1945, ils hébergent, soignent des pilotes alliés tombés sur notre sol occupé. C’est encore chez eux que viennent se réfugier de nombreux réfractaires au travail obligatoire en Allemagne. C’est toujours chez eux que les maquisards trouvent abri et ravitaillement.

A une pareille école, René, bien que très jeune, ne pouvait rester inactif. Dès la formation des groupes de résistance dans notre région -en 1943- il prit rang résolument dans l’armée de ceux qui jugeaient que le combat n’était pas fini et qu’il devait coûte que coûte se poursuivre au cœur du pays occupé.

Dans son groupe, René devient bientôt l’un des plus ardents, il participe sans défaillance à toutes les missions qui lui sont confiées : sabotage de voies ferrées, de lignes téléphoniques au service de l’ennemi, de transports d’armes et de munitions, il participe aux expéditions pour soustraire les tickets d’alimentation et le tabac afin de ravitailler les réfractaires et les maquisards.

C’est encore lui, qui, dans les environs des Berneux, reçoit les pigeons voyageurs qui servent d’agents de liaisons avec nos amis passés en Angleterre.

Mais ce que René ignorait, comme tous ceux qui avaient foi en la victoire finale : c’est que les traites veillaient dans l’ombre.

Le 2 Juin 1944, c’est la descente des agents de la Gestapo, avec grand déploiement de troupe, ils arrêtent ses amis à Grougis, à Petit-Verly, à Mennevret.

Mennevret est en émoi et un homme voyant ces nombreuses arrestations, pense à son fils, aux réfractaires et aux résistants qui se trouvent chez Monsieur Bernoville, et réussit à les faire prévenir.

Immédiatement nos hommes transportent un aviateur blessé, évacuent la maison.

Mais René, afin de faire disparaître toutes traces de ses camarades, reste au foyer pour prendre toutes les précautions nécessaires

Ce travail, à peine terminé, les allemands arrivent. Avec la dernière des sauvageries, ils enlèvent René à l’affection de ses parents.

En qualité de « terroriste » il est incarcéré à la prison de Saint Quentin, où il reste 12 jours, sur le qui-vive, se demandant de quoi le lendemain sera fait, car il sait, qu’il suffit d’un attentat contre un allemand ou un collaborateur, pour que les boches viennent dans ces cellules prendre un certain nombre d’otages afin de les fusiller comme des chiens.

Puis ce fut le transfert pour Compiègne Royallieu, centre de rassemblement pour les départs vers les bagnes de la mort.

René fait parti de ce convoi du 2 Juillet 1944, convoi qui fut le plus meurtrier de tous, et que l’on a surnommé « Le Train de la Mort ».

René Dumur dans son livret de souvenirs, qui se trouvait dans le même wagon, nous a apporté son témoignage sur cet horrible convoi, où notre camarade René BERNOVILLE a trouvé la mort. Ce convoi comprenait 2166 détenus au départ, 1630 à l’arrivée.

Notre Canton a été particulièrement éprouvé puisque sur 38 déportés, 21 sont morts dont 13 dans ce « Train de la mort ».

René, depuis notre retour, 6 ans ont déjà passés, mais pour, nous, tes camarades Déportés, toutes ces cruautés raffinées restent présentes.

Nous, pour les nazis, avions commis le crime de défendre notre pays contre l’oppression hitlérienne.

Nous ne pourrons jamais, et, nous ne devons pas, oublier tous les camarades de toutes nationalités, qui sont tombés là-bas par centaines de milliers.

Nous ne voulons plus revoir de DACHAU, et espérons que ton sacrifice, avec celui de tous ceux qui ont lutté pour la Liberté, n’aura pas été vain.

Vous, parents éplorés et vous membres de leur famille, excusez-moi d’avoir avivé votre profond chagrin.

De toi René, nous conserverons l’image ineffaçable d’un bon et joyeux camarade, à la fleur de l’âge.

Ton ardeur et ton courage étaient au-dessus de tous éloges, tu as lutté pour que la France vive et tu as réussi.

Gloire à notre France éternelle,

Gloire à celui qui est mort pour elle.

Mon cher René : Adieu.

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Et c’est René qui a fait partir vers l’Angleterre, le pigeon transportant un message de Robert DUFOUR signalant la position exacte des dépôts de munitions de Laon. (La B.B.C. a accusé réception du message et les dépôts de munitions ont été bombardés)