ADIF Aisne

A 18 ans, René DESIMEUR -Déporté-Résistant n°39408-

Hommage rendu au cours de ses funérailles, le 30 janvier 2014

Cher René,
Résistant, Déporté n°39408, sont des termes qui résument ta participation à la Libération de la France, mais aussi les cruautés que tu as dû supporter pour avoir osé t’opposer au joug nazi hitlérien.
Tu avais à peine 18 ans quand tu as pu connaître et rejoindre la Résistance ; tu as d’abord effectué une formation dans un maquis voisin, puis des missions t’ont été confiées, c’est au cours de l’une d’elles que tu as été arrêté, le 7 juillet 1944, par un détachement de SS qui traquait les Résistants. Transféré à la prison de Saint-Quentin, puis au camp de Royallieu, d’où tu pars par le convoi ferroviaire du 26 juillet pour arriver au camp de Neuengamme le 28 juillet suivant. Ce transfert de deux jours dans des conditions d’hygiène déplorables, s’est fait dans des wagons de marchandises de 16 m2, où vous étiez entassés à 100 par wagon, sans nourriture ni boisson. C’était le début de ton calvaire d’un an

A l’arrivée au Camp de Neuengamme, on vous a rasé de la tête aux pieds, on vous a dépossédé de tous vos vêtements et objets personnels, on vous a remis une tenue rayée, des claquettes. Vous êtes devenu un numéro –pour toi, René le n° 39408- que vous aviez intérêt à retenir et à prononcer en allemand.

Dans ce camp où tu as transporté des briques par brouette, tu n’es resté qu’un mois dans des conditions aussi difficiles que celles que tu vas supporter dans le camp de Bremen-Farge (kommando de Neuengamme)
Dans ce nouveau camp, tu es affecté à un chantier situé à quelques km où vous vous rendez souvent à pied par tous les temps, parfois en train.
Et, comme tous tes amis de ce camp et des autres camps nazis, tu as subi, des sévices, des humiliations tendant à vous détruire psychologiquement et physiquement.
Les journées sont épuisantes. Réveillés tôt le matin, revêtus de votre légère tenue rayée qui vous sert également de pyjama, vous avez droit à une rapide toilette succincte, un petit déjeuner composé d’un liquide noir et d’une tranche de pain. Mais avant de partir pour le travail, il y a l’APPEL (cet appel relativement rapide le matin –à condition que vous ayez pris soin d’emmener les morts et les mourants, afin que votre nombre soit identique à celui de la veille au soir)- Cet appel, encore effectué au retour du chantier, est renouvelé le soir ou à tout autre moment, pouvait durer plusieurs heures par tous les temps.
Vos forces diminuent de jour en jour, car la nourriture est souvent une soupe composée d’ingrédients inconnus accompagnée d’un petit morceau de pain. Aussi au travail, pour tenter d’accélérer la cadence, les coups de schlague, décollant la peau, redoublent, sur vos corps amaigris,. Le nombre des morts s’intensifie, sur 850 français, 70 sont sortis vivants à la libération du camp le 29 avril 1945. (Ce constat est aussi important pour les autres nationalités)

Tu es libéré, mais tu n’as pu regagner la France immédiatement, tu ne faisais plus que 39 kilos et tu étais atteint d’une pleurésie sévère. Après des soins intensifs, tu as pu rejoindre ton village le 12 juin pour la plus grande joie de ta Famille et de tout ton entourage.
Après avoir retrouvé la santé, tu as construit ta vie qui vient d’être évoquée par Monsieur Jean-Luc EGRET –Vice-Président de la Section Aisne de la Légion d’Honneur-.
Mais tu n’as jamais oublié l’enfer vécu par tes compagnons et toi. Ayant frôlé la mort d’aussi près, tu craignais qu’elle te rejoigne avant de finir d’élever tes Fils, et c’est toujours avec étonnement que tu nous faisais part de ta joie d’avoir connu tes Arrière-Petits-Enfants.
Afin que les générations futures ne connaissent pas de telles atrocités, avec tes camarades survivants, particulièrement avec ton ami Jean GUERY (décédé le 3 octobre dernier) vous avez fait connaître les horreurs subies dans les camps de concentration par des conférences, notamment auprès des lycéens, des collégiens. Vous avez rejoint l’UNADIF et avez créé notre ADIF de l’Aisne, René tu en étais l’un des Vice-Présidents et Président de sa Section Mennevret-Wassigny.
Nous, les Enfants et Sympathisants, t’assurons (ainsi que nous l’avons fait à Jean le 3 octobre -en ta présence-) oui, nous t’assurons que nous sommes très attachés au Devoir de Mémoire et agirons pour que « Plus jamais » de telles monstruosités réapparaissent.

René, tu as hautement mérité d’entrer dans l’ordre des Chevaliers de la Légion d’Honneur, de recevoir la Médaille Militaire – la Croix du Combattant volontaire 1939-1945 avec palme- la Croix du Combattant –la Croix du Combattant de moins de 20 ans- la Médaille de la Déportation pour fait de Résistance- la Médaille européenne- la Médaille de la France libérée ;
A côté de ces prestigieuses décorations, le Colonel Philippe Vuillemenot a déposé la Palme de la Légion d’Honneur, qui perpétuera sur ton caveau, ton appartenance à l’ordre national prestigieux de la Légion d’Honneur.
Tu es le dernier Déporté-Résistant de la Section, et comme vous l’aviez décidé avec tes Amis Déportés décédés après leur retour, le drap tricolore de la Section, qui recouvre ton cercueil, partira avec toi.
Ton martyre pour l’Amour de la France est reconnu par tous ceux qui t’accompagnent aujourd’hui, et par les nombreux porte-drapeaux (dont ceux de notre ADIF qui t’ont souvent accompagné, et sont là auprès de moi, pour te dire aurevoir)
René, nous les Membres de l’Association des Déportés, auxquels se joignent, les Membres de la 981ème Section de la Médaille Militaire, présentons nos condoléances émues et souhaitons beaucoup de courage pour faire face à ton absence terrestre, à ton Epouse Thérèse, à tes fils Christian et Philippe et à leurs Epouses, à tes Petits-Enfants, à tes Arrière-Petits-Enfants et à toute ta Famille
Au revoir René. Merci d’avoir contribué à nous rendre une France libérée du joug nazi et d’avoir œuvré pour que "Plus jamais ça !"


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