ADIF Aisne

La Déportation par Madeleine Burlot

Arrestation et Déportation
À l’occasion du 60 ème anniversaire de la Libération des camps créés par le nazisme, Madeleine Burlot a voulu rappeler le martyre vécu par les Déportés.
Dimanche 24 AVRIL 2005
Jour du Souvenir de la DÈPORTATION
60 ème anniversaire de la Libération des camps
****
En Février dernier a été largement évoqué le 60éme anniversaire de la Libération d’AUSCHWITZ, où furent déportés et exterminés des millions de juifs.
 
Nous avons le devoir de ne pas oublier les déportés résistants arrêtés, souvent torturés, qui ont connu le calvaire des camps de concentration.
 
Qui se souvient encore de cette nuit du 4 au 5 juin 1944 (la veille du débarquement en Normandie) où une vingtaine d’habitants d’HIRSON et de la région, furent arrêtés, enfermés brutalement dans un cachot de la Feldgendarmerie, rue de Guise (actuellement la maison du Dr D’Herbomez), transférés à la prison de St Quentin, (déjà pleine) puis au Camp de COMPIEGNE-ROYALLIEU, camp de transit pour l’Allemagne.
 
De ce camp partirent des trains entiers, transportant des êtres humains dans des conditions effroyables ; ils étaient enfermés dans des wagons à bestiaux plombés, entassés à 100 ou plus, sans eau, sans nourriture, sans aucune hygiène et cela durant plusieurs jours vers les camps allemands tels que DACHAU, RAVENSBRUCK, BUCHENWALD, LE STRUTTOF, NEUENGAMME, MATHAUSEN, SACKSENHAUSEN et autres « camp de la mort » et les kommandos de ces camps.
 
On peut citer le convoi, parti de Compiègne le 2 Juillet 1944 avec 2166 détenus ; à l’arrivée, ils n’étaient plus que 1630 ; il a été celui qui a provoqué le plus grand nombre de décès. Il a été surnommé « Le Train de la Mort »
 
Comment résumer en quelques lignes, le calvaire de ces femmes et de ces hommes, privés de liberté, peu et mal nourris, à peine vêtus, dormant peu dans des « châlits » étroits, sans hygiène, obligés souvent de rester debout pendant des heures sur la place d’appel, par tous les temps, forcés à de durs travaux et à la merci des « kapos » sadiques à la schlague facile.
 
Beaucoup de malades sans soins infirmiers. À l’infirmerie, ils risquaient sutout de servir de cobayes pour des expériences médicales, ou d’être dirigés vers la chambre à gaz.
 
D’autres étaient contraints de transporter leurs camarades morts vers les fours crématoires qui fumaient en permanence !
 
La « devise » de DACHAU : « Ici, on entre par la grand-porte, on en sort par la cheminée » en dit long !
 
Sentant le « commencement de la fin » car les armées alliées approchent, les commandants S.S. ordonnent l’évacuation des camps, pour de nouveaux regroupements. Ceux qui tiennent encore debout, partent pour un long trajet à pied, les « marches de la mort ». Les malades, épuisés, entassés dans des wagons, sans eau, sans nourriture : voyage de l’horreur où la mort sévit à tout instant, morts ou parfois mourants, abandonnés sur le ballast. Les survivants, se retrouveront dans d’autres camps, comme SANDLOSTEL, BERGEN BELSEN, RAVENSBRUCH et d’autres lieux où ils connaîtront la libération et pourront être soignés de leur dysenterie, de leur typhus....
 
A SANDBRESTEL, sur 12.000 arrivés, 2.000 seulement y furent libérés et combien moururent dans les jours suivants ?
 
Un train allant vers DACHAU fut abandonné à 800 m du camp, il n’y eut aucun survivant.
 
Il nous faut évoquer la tragédie de LUBECH : fin Avril, plusieurs convois convergent vers la baie. Les déportés sont entassés dans plusieurs bateaux, dans d’ignobles conditions. Avisée d’un transport de troupes allemandes, l’aviation anglaise bombarde l’ensemble. Un seul bateau peut regagner la rive. 7300 hommes périssent, 450 rescapés et dans quel état !
 
Les armées libératrices, entrant dans les camps furent glacées d’horreur en découvrant de véritables charniers : monceaux de cadavres qu’on n’avait pas eu le temps de faire disparaître, les lieux d’expériences, les chambres à gaz, les fours crématoires à peine refroidis !
 
Ce que fut la libération pour tous ces « morts vivants » ?
 
Trop faibles pour manifester une joie explosive, tenaillés par la faim et la soif, hantés par l’instinct de survie, leur premier souci fut de trouver une nourriture quelconque (certains se « gavèrent » trop rapidement et en moururent). Leur retour dans leur foyer se fit progressivement et en plusieurs semaines.
Tout était à organiser : soigner les malades, prévenir les familles, prévoir les transports…
 
La joie des familles en France, apprenant le retour prochain de leur parent après des mois d’inquiétude et de chagrin. Il faut rendre hommage à toutes ces femmes courageuses, mères ou épouses, qui durent brusquement assumer seules la responsabilité d’une famille, d’une entreprise, ne sachant pas même si l’être aimé reviendrait un jour !
 
Pour les survivants, la réadaptation à une vie normale, à un travail, ne furent pas chose aisée : après 11 mois « hors du temps », dans un véritable enfer. Raconter ? On ne les croyait guère, c’était trop horrible. Entre eux seulement, ils pouvaient partager et se rappeler leur calvaire, le souvenir des copains disparus dans cet enfer, mais aussi la solidarité, l’amitié existant entre eux tous. Tout cela se justifiant par leur grand attachement à leur PATRIE, la FRANCE
 
Un Déporté d’Hossun a écrit :
« Si nous avons supportés ces atrocités, si tant des nôtres y ont succombé, ce fut pour un idéal de Liberté, d’Humanité et de Paix ».
 
Notre Devoir à tous, enfants, petits-enfants, familles, amis et surtout vous les jeunes, oui notre Devoir est de ne pas oublier, d’entretenir la mémoire de cette période douloureuse.
*****
- Texte rédigé par Madeleine BURLOT qui l’a lu, à HIRSON, à l’occasion du 60 ème anniversaire de la libération des camps
 Madeleine est fille et sœur de déportés rentrés de NEUENGAMME et rescapés de la baie de LUBECH.
Son père : René BURLOT -Déporté n° 40947
Son frère : Jean BURLOT –Déporté n° 40050
******
Karine STEUNOU a dactylographié ce texte

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 118579

Site réalisé avec SPIP 1.9.2d + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSTémoignages RSSLa Déportation   ?

Creative Commons License