ADIF Aisne

LES ENFANTS NAISSENT à Ravensbruck

par Anise Postel-Vinay -24562-
Ce texte figure dans le livret réunissant les textes et poèmes d’anciennes Déportées-Résistantes, qui ont été lus, le 17 avril 2010, alternativement en français, par de jeunes françaises, et en allemand, par de jeunes lycéens allemands, à l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp de Ravensbrück.


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Les enfants naissent

 Le nombre de femmes arrivées enceintes à Ravensbrück n’est pas connu.
 Il est supérieur à six cent cinquante, et peut-être inférieur à mille.

Pour un camp qui a vu passer 123 000 femmes, ce nombre peut paraître concerner peu de détenues. Mais le destin atroce de ces femmes était connu de tout le camp et participait à l’atmosphère de terreur.

 Dans un premier temps, jusqu’en 1943, le traitement des femmes enceintes a suivi deux voies selon l’origine de la grossesse. Si la femme se trouvait enceinte alors qu’elle était internée pour « profanation de la race » (Allemande ayant eu des relations avec un travailleur forcé ou un prisonnier de guerre), elle subissait un avortement forcé, en général pratiqué à un terme avancé, jusqu’à huit mois de grossesse et dans des conditions chirurgicales parfois effroyables.
 

L’enfant, souvent viable, était tué sous les yeux de sa mère, selon diverses méthodes.

 

A partir d’août 1943, la règle changea. Seules les femmes qui se trouvaient enceintes après avoir servi dans les bordels de camps masculins subissaient l’avortement forcé. Les autres menaient la vie des autres détenues jusqu’aux premières douleurs de l’accouchement, sans considération pour leur état. Leur enfant n’était pas tué sur le moment.

 

Entre septembre 1944 et avril 1945, période pour laquelle on dispose du livre des naissances, 560 bébés sont nés. Faute de soins, de vêtements, d’alimentation, de chauffage, ils mouraient en quelques jours ou en quelques semaines. Ils étaient entassés dans une petite pièce à laquelle les mères n’avaient accès que pour la tétée. Rangés transversalement sur des châlits, ils étaient classés selon leur état – les beaux bébés qui venaient de naître ; ceux d’une ou plusieurs semaines qui avaient déjà l’air de vieillards, les malades et les mourants.

 

Une vingtaine d’enfants de Françaises sont nés à Ravensbrück.

 

Trois sont revenus : deux qui ont eu la chance de naître quelques semaines avant la libération de leur mère à la fin d’avril 1945, et un troisième, né en novembre 1944, dont la mère, envoyée en kommando dans une ferme, a réussi à nourrir l’enfant avec la complicité de prisonniers de guerre.

 Anise Postel-Vinay

 24 562 Ravensbruck



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